
Vladimir Iliouchine
ou Gagarine
est-il le premier ?
Il est possible que le matin du 7 avril 1961, soit 5 jours avant le vol de
Youri Gagarine, un autre Russe, Vladimir Sergeyevich Iliouchine ait effectué
un vol dans l'espace à bord de la capsule "Rossiya" (Russie). Sa mission ne fut pas une réussite et le héros faillit
périr dans ce vol. Ceci fut gardé secret pour des raisons de propagande
politique. Un de ses collègues avait été lancé 2 mois auparavant, en secret,
le 2 février 1961. Quelque chose d'anormal arriva dès le début du vol et le
pilote tomba dans le coma. Incapable de revenir sur Terre avant le début de la
seconde orbite, il dut rester dans l'espace jusqu'à la 17e orbite afin de ne
pas atterrir sur un sol étranger, il périt dans l'espace.
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suite. Essayez avec
Iliouchine.
Elliott H. Haimoff de Global Science Productions (une société
appartenant à l'église de scientologie: voir ultimax
) a produit
un documentaire de 51 mn sur le vol d'
Iliouchine avec l' assistance du reporter
moscovite Paul Tsarinsky. Ils consacrèrent 5 ans et 500 000 $
pour la réalisation du film et revendiquèrent les preuves de la réalité du vol. Ce documentaire fut acquit et diffusé par Public
Broadcasting Service aux USA. Plus tard il fut repris et diffusé par d'autres
médias autour du vol y compris Discovery Channel, Horizon et Canadian
Broadcasting Corporation. Après avoir vu ce film j'ai été intrigué et j'ai
cherché à comprendre. Pour vous donner une idée de l'affaire, voici une transcription de ce
film dont l'adaptation française de Vidéoadadpt fut diffusée sur Planète et
les sites qui vous permettront de l'approfondir.
Le 12 avril
1961 les médias soviétiques annoncèrent le lancement, la mise en orbite et le
retour sur Terre de Youri Gagarine après qu'il eut effectué une orbite autour de
notre planète, à bord de Vostok (ci-contre). Officiellement, il fut le premier homme dans l'espace. Cet
exploit fut célébré comme il se doit, dans le monde entier, sauf
en Chine. Plus loin, l'explication semblera convaincante. Depuis, Gagarine s'imposait
parmi les plus grands hommes de
l'Histoire.
Mais le
démantèlement du bloc communiste et la mise en place de la démocratie dans la
Fédération de Russie, ont donné lieu à une stupéfiante révélation.
Certains documents du Kremlin, récemment déclassifiés et mis à la disposition
des journalistes occidentaux, ainsi que de nouveaux témoignages, confirmèrent
que Youri Gagarine, symbole
et figure légendaire de l'empire soviétique, n'était pas le premier, mais le
second dans l'espace. Ce titre reviendrait à Vladimir Iliouchine.
Il serait désormais établi que le lieutenant colonel Vladimir Iliouchine, fut le premier dans l'espace. Bien que de nombreuses fuites
aient
circulé à cette époque, ce n'est qu'aujourd'hui que les archives du
Kremlin et les récits de témoins directs permettent de confirmer ces
révélations.
http://www.space-ship.com/graphics/i/ilyushvs.jpg
http://myhero.com/images/explorer/ilyushin/vostok1_lg.jpg
http://www.myhero.com/images/explorer/gagarin/gagarin.jpg
Après
plusieurs décennies de propagande, de mensonges et de démentis
officiels, la lumière put enfin être faite sur l'un des plus grands
exploits de l'humanité. Il aura fallu plus de 50 ans d'enquête pour
localiser le véritable conquérant de l'espace. A plus de 70 ans, cet
ancien général de l'armée de l'air travaille encore comme ingénieur au
bureau d'études de Sukkoï, le célèbre avionneur basé à Moscou. Le
lieutenant colonel Iliouchine a testé plus de 145 appareils
d'essais dont le SU 27, le 1er intercepteur russe.
Pour rassembler les pièces du puzzle de cette mission spatiale ratée et
de l'imposture qui s'en suivie, l'équipe de reportage d' Elliott H. Haimoff
(il produisit plusieurs reportages pour PBS et d'autres radios) a passé 48 heures avec
Iliouchine, qui leur a ouvert son musée
familial et laissé entrevoir l'incroyable histoire de sa vie. Malgré sa
promesse de relater sa version des faits, lors de l'entrevue du 29 juin 1998, il a
ensuite annoncé
qu'il préférait garder le secret. Cependant, il a divulgué d'autres informations
qui prouvent d'une manière irréfutable sa participation au programme
spatial soviétique. Pour mieux comprendre ses craintes, il faut se rappeler le fonctionnement
du régime communiste de l'époque et le secret défense qui a toujours
entouré les programmes spatiaux.
http://www.nasm.edu/galleries/gal100/sputnikclsup.jpg
Le 4 octobre 1957 à 19h28mn34s, l'URSS accomplit ce que la plupart des experts
jugeaient irréalisable. Ils inaugurèrent le début de l'ère spatiale
avec la mise en orbite (226,07/950,59 km, inclinée à 65,1° et parcourue
en 96,2 mn) de Spoutnik 1, dont la masse était de 83 kg. La fusée de 29
m de haut avait une masse de 267 t. Plus tard, l'on saura qu'en réalité tout
le 3e étage fut satellisé, soit plus d'une tonne, les soviétiques
gardèrent cette information secrète pour ne pas dévoiler leur
possibilité de lancer une bombe atomique sur les USA. Le succès de cette
mission fut accueilli avec un mélange de stupeur et de terreur, car la
fusée n'était en réalité qu'un missile amélioré. Le monde prit alors
conscience qu'une ogive nucléaire aurait pu être lancée n'importe où
sur la Terre. Après le lancement de Spoutnik, relate le Dr Roald Sagdeyev,
ancien directeur de l'agence spatiale soviétique, la presse soviétique a
publié des communiqués discrets qui annonçaient simplement la mise en
orbite de petits objets. Les dirigeants russes ont visiblement été très
surpris par l'ampleur des réactions dans les médias internationaux. Ils
ont alors compris qu'entre leurs mains, ce petit jouet pouvait devenir
devenir un instrument politique et de propagande.
http://store6.yimg.com/I/connectlivestore1_1773_1465765
La
réussite de la mission ne fut possible que grâce à l'intelligence et à la détermination
du directeur du programme spatial soviétique: Sergueï Korolev, appelé
aussi l'homme sans nom. Selon le Dr
Sergueï Khrouchtchev, fils de Nikita
Khrouchtchev le secrétaire général
du parti communiste, aujourd'hui Senior
Fellow à l'université Brown (New England), Korolev
n'était pas un ingénieur de génie, ni un scientifique. C'était un bon
ingénieur doué d'une organisation exceptionnelle. Il réussit à gérer un
nombre incroyable de personnes. Sergueï Khrouchtchev d'ajouter que sans
lui, ils n'auraient rien fait, car tous ces chercheurs se seraient
dispersés comme des fourmis. Il les rassembla et les
fit travailler pour lui. Personne ne connaissait
Sergueï Korolev, personne ne l'avait rencontré raconte Dennis Ogden,
correspondant à Moscou (1955 à 1963) du journal communiste britannique
Daily Worker. Il ajoute que personne n'avait jamais entendu parler de lui.
Il était toujours cité comme le concepteur, mais jamais nominalement. Il
n'apparaissait pas dans les conférences de Presse. Le Comité Nobel
contacta les dirigeants soviétiques, dans l'intention d'offrir le prix au
concepteur du vecteur du Spoutnik avec toute la reconnaissance et les
financements qu'un tel honneur implique. Mais Nikita Khrouchtchev n'était
pas prêt à laisser Korolev accepter ce prix en son seul nom et il lui
refusa l'autorisation de quitter le pays pour recevoir sa récompense. Il
n'y avait aucune explication rationnelle. Sans parler des américains, les
Russes eux-mêmes ne comprenaient pas pourquoi on refusait de donner le nom
de Korolev, alors que le comité voulait lui remettre le Prix Nobel. La
seule réponse fut: " Non, le Nobel ne nous intéresse pas, c'est un
secret !". Pour Dennis Ogden, c'était symptomatique d'une société
qui commençait à sortir de l'hystérie stalinienne.
A
la fin des années 50, les USA comme l'URSS, savaient que le défi suivant
serait d'envoyer un homme en orbite terrestre. Plusieurs pilotes d'essais
militaires s'entraînèrent dans chacun des deux pays. Le programme
soviétique resta une des branches les plus secrètes de l'armée. Ces
pilotes furent appelés Cosmonautes (Astronautes aux USA, Spationautes en
France et Taïkonautes en Chine). Le colonel Youri
Lyzlov, des forces stratégiques spatiales (1960 à 1986) déclara que les
cosmonautes ne seront célèbres qu'après être revenus de l'espace. Avant
cela, le secret le plus absolu devait être la règle. Cette interdiction
visait à ne pas attirer l'attention sur les futurs cosmonautes, mais
c'était aussi un moyen de pouvoir dissimuler la vérité en cas d'accident.
Dans les années 60, Thomas Maggard raconte que les photos étaient
réduites à l'essentiel et certains détails de l'arrière-plan étaient
modifiés sans raison apparente. Sur une photo par exemple, un cosmonaute,
à l'entraînement, fut effacé.
http://www.russianspaceweb.com/r16.html
En
1960 se produisit une catastrophe qui illustra tragiquement la paranoïa qui
entourait le secret défense soviétique. Un missile,
R-16 ICBM, se révéla défectueux au moment du lancement. Au lieu de décoller, il
resta fixé à la rampe. Au mépris des consignes de sécurité les plus
élémentaires, le Kremlin ordonna au chef de projet et à ses ingénieurs
de réparer immédiatement la fusée, pour un lancement le jour même. On
était en pleine guerre froide.
Mikhail
Yangel (constructeur du missile) et le
maréchal Mitrofan Nedelin, responsable des forces stratégiques spatiales
voulaient offrir en cadeau à Khrouchtchev,
pour célébrer l'anniversaire de la révolution bolchevique du 7
novembre, le lancement réussi du premier missile R-16. En
1960, en pleine guerre froide, l'URSS et les USA sont engagés dans une
véritable frénésie de constitution de leurs arsenaux de missiles
intercontinentaux. Chez les soviétiques, la difficulté de transformer la
Sémiorka en missile opérationnel en raison de l'oxygène liquide,
justifia la création du missile R16 (SS-7). C'est le combustible composé
d'acide nitrique et d'UDMH qui fut choisi. Le 20 octobre 1960, le missile
se trouvait sur une plate-forme du site 41. Le 24 octobre 1960, le
maréchal Nedelin, responsable des forces stratégiques spatiales, était
assis sur une chaise à proximité immédiate de la fusée, fumant une
cigarette. Il était exaspéré des reports successifs. Il incitait le
personnel à s'activer. Tout le monde savait que c'était contraire aux règles
de sécurité, mais personne n'osa s'opposer au chef de peur de perdre son
emploi, relate le Dr Roald Sagdeyev, qui continue en racontant qu'ils étaient plus
de 200, y compris les responsables, à se démener lorsqu'une gigantesque
boule de feu, de plus de 120 m de diamètre, jaillit, anéantissant tout sur le pas de tir.
Il était 18h45, soit 30 mn avant le lancement. De très fortes explosions durèrent environ 20 secondes et l'incendie fit
rage pendant 2 heures. Les lueurs furent visibles jusqu'à 50 km.
http://www.russianspaceweb.com/r16_nedelin_fire_250.jpg
Quelques
minutes avant le désastre, le général Mrykin invita Mikhail Yangel,
Kouznetsov et
Iosifiyan, (ingénieur en chef des systèmes électriques), à fumer une
cigarette en aparté. Iosifiyan persuada aussi Bogomolov, lequel ne fumait pas, de
venir avec eux probablement pour discuter de la situation. Dans les
mémoires de Chertok, Iosifiyan et Bogomolov voulait parler à Yangel de
retarder le lancement (62).
Quelques minutes plus tard, sains et saufs par miracle à l'extérieur du
complexe, Yangel et les autres, virent la catastrophe qui s'étalait
devant eux. Lorsque Yangel informa Khrouchtchev, ce dernier, en
colère, lui demanda pourquoi il était toujours vivant.
Aucune liste
des morts n'ayant été dressée, personne ne connaîtra jamais le nombre
des victimes. Le plus incroyable, c'est que les soviétiques affirmèrent
que la tragédie n'avait pas eu lieu. Il faudra attendre 30 ans avant que le
gouvernement ne révèle l'affaire. D'autres documents déclassifiés du
Kremlin indiquent que 7 cosmonautes périrent au cours d'entraînements:
-
Aleksei Ledovskiy est
décédé le 1 Novembre 1957 lors d'un vol suborbital à Kasputin Yar au
bord de la Volga.
Il faisait partie du groupe des cosmonautes fantômes.
-
Serenti Shiborin est
décédé le 1 Février 1958
lors d'un vol suborbital. Hermann Oberth,
le théoricien américain de l'espace, déclarait en 1959, qu'un pilote
était mort lors d'un vol balistique à Kapustin Yar. Cependant, il ne révéla
jamais ses sources. En décembre 1959, l'agence de presse italienne,
Continentale, relatait, selon une source communiste tchécoslovaque de
haut rang, le décès de plusieurs cosmonautes dont Shiborin.
-
Andrei Mitkov décédé
le 1 Janvier 1959 lors d'un vol suborbital à Kasputin Yar. Il faisait
partie du groupe des cosmonautes fantômes.
-
Ivan Kachur décédé le 27 Septembre
1960 lors d'un vol orbital. Il
faisait partie du groupe des cosmonautes fantômes.
-
Piotr Dolgov est décédé le 11 Octobre
1960 lors d'un vol orbital. Le vol fut suivi pendant 20 minutes par des
stations en Turquie, Japon, Suède, Angleterre et Italie. Il faisait
partie du groupe des cosmonautes fantômes.
-
Grachev décédé le 15 Septembre 1961
lors d'un vol orbital. Il
faisait partie du groupe des cosmonautes fantômes. Un cratère lunaire
porte son nom, sur la face arrière de la Lune.
-
Alexis Belokonyov décédé
le 15 Mai 1962 lors d'un vol
orbital. Il faisait partie du
groupe des cosmonautes fantômes.
Ces cosmonautes
ne furent jamais reconnus comme les pionniers qu'ils ont été, eux qui
ont sacrifié leur vie pour la conquête de l'espace. Ils restent de
simples noms sur la liste secrète des cosmonautes disparus à l'entraînement.
Pour Gordon Feller, historien et journaliste de l'Union soviétique et
éditeur de Russian Business News, la plupart de ces hommes ont réalisé
qu'ils s'étaient faits roulés et ils étaient très en colère. Hélas,
ils ne pouvaient rien faire. Ils n'avaient nulle part où aller et il n'y
avait pas de presse libre. Ils ont raconté leur histoire aux membres de
leur famille, mais que pouvaient-ils faire de plus ? Pour le colonel Youri
Lyzlo des forces stratégiques soviétiques, tout était basé sur la
propagande et le secret. Tout le monde le savait bien et ce que disaient
les radios et les journaux était une chose, mais la réalité était
très différente.
A
cela, Dennis Ogden (correspondant à Moscou (1955 à 1963) du journal communiste britannique
Daily Worker) ajoute que ce que les responsables soviétiques de la
propagande ne comprenaient pas, qu'en rapportant les difficultés, les
problèmes, les erreurs, les accidents et les défaillances, ils auraient
dressé un portrait beaucoup plus favorable de l'URSS. A force d'affirmer
que tout était parfait, ils minimisaient les accomplissements du pays et
de son peuple. Présenter les choses de cette façon, c'était
sous-estimer l'héroïsme, la lutte et les efforts du peuple soviétique.
C'était une approche vraiment idiote.
L' Union soviétique, en médiatisant ses avancées technologiques et en
dissimulant ses échecs, permit au communisme d'avoir une très bonne
réputation. Partout le communisme était synonyme de réussite. Khrouchtchev
est littéralement obsédé par l'idée d'être le premier à envoyer un
homme dans l'espace. Il ordonna à Korolev de s'y employer à n'importe
quel prix. A l'époque le lieutenant colonel Vladimir Iliouchine était sans
conteste le plus célèbre et le plus expérimenté des pilotes d'essais
soviétiques. Déjà détenteur de plusieurs dizaines de records de
vitesse et d'altitude. En 1959, il établit un nouveau record du monde
d'altitude de près de 30 000 m à bord d'un intercepteur SU 9. Cet
exploit lui vaut d'être élevé au rang de héros de l'Union soviétique,
la plus haute distinction militaire qui est réservée à de rares élus.
Iliouchine, né le 31 mars 1927, descend d'une grande famille
de militaires et d'ingénieurs en aéronautique. Son père Sergueï
Vladimirovich Iliouchine était considéré comme un héros et
fut un membre privilégié de "l'establishment" soviétique. Il
fut un des plus grands constructeurs d'avions. Il construisit la plupart
des bombardiers et des chasseurs qui ont sauvé le pays de l'invasion
nazie, pendant la seconde guerre mondiale. Lors de la bataille de
Stalingrad, l' il-2 sturmovik (ci-dessous) fut le plus célèbre des appareils
soviétiques. C'était un avion d'attaque au sol et cela a conféré à
son concepteur une grande influence auprès de Staline et de Khrouchtchev.

http://www.il2sturmovik-fr.com/games_elts/aircraft.php
Sergei
Vladimirovich Iliouchine
compta, par ailleurs, parmi les hommes les plus puissants du pays, lui-même
décoré à 3 reprises du titre de héros de l'Union soviétique, il occupa
une place de choix au sein du pouvoir puisqu'il était un des principaux
représentants du soviet suprême. Après la guerre, il ne tarda pas à
réaliser que l'avenir de l'avion passait par une transition de la
production militaire, vers la production civile. Il prouva une nouvelle fois
son génie en dessinant certains des meilleurs avions commerciaux jamais
conçus. Beaucoup considèrent alors le complexe aéronautique Iliouchine comme l'un des plus
grands avionneurs civils du monde. Il était très respecté par son travail
en tant qu'ingénieur aéronautique et sa contribution majeure au
développement de l'aviation civile russe, juste après la guerre, fut
primordiale.
Craignant de rester
à jamais prisonnier de la réputation de ce père écrasant, Vladimir
Iliouchine
mit tout son coeur pour sortir de son ombre. Il était bien décidé à ne
pas reprendre le complexe aéronautique familial, au lieu de quoi, il intégra
l'école des pilotes d'essais et s'employa par la suite à concevoir et
tester des avions de chasse. En 1952, dans un ultime acte de défis, il se
fit engager chez Sukkoï, rival direct et ennemi personnel de son père. On
raconte que Sergei Iliouchine fut pris d'une telle rage contre
son fils, qu'il mit des années à lui pardonner.
Tout au long des années
50, les 2 hommes n'eurent aucun contact. Dans un premier temps, Vladimir Iliouchine repoussa les propositions qui
lui furent faites d'aller dans l'espace. Il n'apparaît pas sur les photos
de 1959 publiées dans un reportage du magazine populaire "Ogonyok".
A cette période, il avait concentré tous ses efforts à obtenir le record
du monde d'altitude. Il rétorqua
que l'espace était tout juste bon pour les rats et les chiens de laboratoires. En
effet, la capsule spatiale doit être pilotée par des ingénieurs restaient
au sol, grâce à des dispositifs télécommandés, les cosmonautes
n'avaient pratiquement rien à faire. Le voyage ne présentait donc pas un
grand intérêt pour le meilleur pilote d'essais de son temps, un
inconvénient certain qui n'empêcha pourtant pas la plupart des collègues
d' Iliouchine, eux-mêmes des
aviateurs accomplis, de rejoindre le corps des cosmonautes. Mais peu de
temps après avoir été fait héros de l'Union soviétique, le pilote
changea d'avis. Bientôt il
réalisa que son record d'altitude ferait pâle figure, à côté d'une
première mise en orbite. A cause, peut-être, d'un formidable coup
politique de son père, Vladimir
Iliouchine fut autorisé à rejoindre le groupe des cosmonautes un an après que ce
groupe soit formé. Il mit alors
tout en oeuvre pour devenir le premier homme de l'espace. La conquête
spatiale lui apparaissait désormais comme une opportunité personnelle de
se démarquer enfin de son père, en devenant à son tour un héros immortel
dans un autre domaine que l'aviation. Il
subit un entraînement spécial intensif et apparut rapidement comme le plus
talentueux des cosmonautes du groupe. Au début de 1961 des photos,
publiées en URSS, montraient Vladimir Iliouchine
subissant un entraînement
spatial.
http://www.lostcosmonauts.com/Vladimir
Ilyushin_fichiers/home.gif
Pour Gordon Feller,
le spécialiste de l'Union soviétique, les " Iliouchine
" ont
apporté à l'Union soviétique un sens très développé de la dynastie. Il
y a plusieurs familles qui ont beaucoup compté dans l'histoire de la Russie
et les " Iliouchine " sont de ceux-là. Il faut préciser qu'ils se
sont toujours distingués dans la même sphère aéronautique et
aérospatiale. Selon lui, ce n'est pas un hasard si Vladimir Iliouchine
fut
choisi pour cette mission, c'était le candidat idéal. Il avait le bon âge,
la trentaine, l'entraînement idéal et un nom célèbre. Si cela avait marché, il
était le personnage rêvé. C'est pour cette raison que Feller s'intéressa
à cet événement, parce qu'il était logique que les dirigeants
communistes l'aient choisi.
http://www.space-ship.com/graphics/i/ilybrezh.jpg
Grâce à ses
accomplissements professionnels et à l'influence politique de sa famille,
le lieutenant colonel Iliouchine
se vit enfin offrir l'occasion de devenir le
premier homme dans l'espace. Pendant des mois, il se soumit avec ténacité
aux séances intensives de rattrapage sans lequel il ne pouvait prétendre
être remarqué parmi les cosmonautes qui se préparaient depuis au moins 2
ans. Le colonel Youri
Lyzlov déclara qu'il connaissait bien Vladimir et que c'était quelqu'un de
très gai et d'intelligent, toujours prêt à rendre service. Pendant
l'entraînement, il était très concentré et vérifié toujours
méticuleusement les moindres détails. Il accomplissait toutes ses tâches
à la perfection s'imposant ainsi comme le meilleur du groupe. Malgré le
secret dont s'entoura le programme soviétique, plusieurs fuites
précédèrent le vol de Vladimir Iliouchine
, sans doute parce qu'il restait
aux yeux du monde l'homme qui s'était le plus éloigné de la Terre en
battant le record d'altitude.
Dennis Ogden se souvint d'une photo d' Iliouchine
en habit de cosmonaute et on
en parlait comme le futur homme de l'espace. Le capitaine Anatoly
Gruschenko, armée de l'air soviétique de 1960 à 1972 et aujourd'hui aux
USA, était chargé de filmer le lancement sous tous ses aspects. Il raconte
que Vladimir Iliouchine
était le plus gentil, le plus liant et le plus
heureux des pilotes. Il était confiant, déterminé et prêt à réussir sa
mission.
D'après les
documents déclassifiés, Iliouchine
fut placé dans la capsule "Rossiya"
(Russie) qui a été lancé dans le plus grand secret à l'aube du 7 avril
1961. Anatoly Gruschenko raconte qu'il
était survolté à l'idée de participer à cet événement. Il se disait
que la plupart des gens se contente de lire l'histoire et lui, il en fait
partie.
A l'époque, la CIA
et les services de renseignements militaires ne font aucune déclaration
pour confirmer ou démentir la détection du lancement ou du vol lui-même.
Même après plusieurs décennies, les archives de la CIA et du Département
d'Etat restent classifiés. Sans doute les services secret occidentaux ne
tenaient-ils pas à dévoiler leur capacité à détecter les lancements et
les orbites soviétiques ou bien leurs sources.
Parmi les premiers
reporters qui rompirent le silence, Dennis Ogden affirme avoir vu Iliouchine en combinaison spatiale dans un
reportage où il était cité comme faisant partie du corps des pilotes
préparés à devenir cosmonautes. Aussi, lorsqu'il entendit dire que
Vladimir Iliouchine
était allé dans l'espace, il n'en fut pas surpris.
Certain de cette information, il chercha à obtenir la confirmation
auprès des autorités: ministère de la presse, la Pravda, les Izvestia,
l'Agence Tass, l'Etoile Rouge. Partout il obtint la même réponse:
"Nous ne savons rien". Ce n'est que plus tard qu'il réalisa
qu'on lui mentait. Il fit un compte-rendu dans le Daily Worker, le journal
communiste anglais. Il révéla qu'il fut menacé plusieurs fois et
craignait pour sa vie et celle de son informateur.
Avant
d'avoir achevé la première révolution, Iliouchine ne répondit plus aux
appels radio des contrôleurs du vol. Il avait perdu connaissance.
C'était une répétition tragique que ce qui c'était passé en février.
Compte tenu de l'importance de Vladimir Iliouchine, il fut décidé de
tenter un atterrissage d'urgence à la 3e orbite. Selon les lois de la
mécanique céleste, il ne pouvait revenir au point prévu qu'à la 17e
révolution. Les archives révèlent que l'atterrissage eut lieu à la 3e
orbite et eut pour conséquence la pose de la
capsule, Rossiya, en
Chine communiste à une période où les relations entre les deux pays
étaient très tendues.
Si
les américains font amerrir leurs capsules par soucis d'économie, les
Russes les font atterrir, parce qu'ils disposent d'une très grande
surface terrestre. Mais à ce moment-là, les procédures de rentrée
n'était pas au point. La
procédure normale voulait que le cosmonaute s'éjecte de la capsule à 20
000 pieds (~ 7 000 m) et il touchait le sol en parachute. Les documents du
Kremlin indiquent qu'étant inconscient, Ilyushin ne put s'extraire du
Vostok et fut gravement blessé lors du brutal atterrissage, mais il s'en
sortit vivant. Il fut ainsi le premier à revenir vivant d'un séjour
spatial. Capturé par des villageois chinois, puis remis aux autorités chinoises
qui le firent hospitaliser. Il fut gardé pendant un an, au titre d'
"honorable invité", un euphémisme réservé aux agents
étrangers.
Gordon
Feller raconte qu'en lisant les archives soviétiques, il constata que
plusieurs documents signalaient, à une époque où les relations
sino-soviétique étaient tendues, que les officiels du parti communiste
chinois avaient posé diverses questions sur la nature du programme
spatial des soviets et sur le rôle d' Iliouchine. Il remarqua aussi que les
questions étaient toujours liées à un incident survenu sur leur
territoire.
Dans son livre Uncovering Soviet
Disasters, James Oberg raconte que pour
l'URSS, le pire venait de se produire. La mission était un fiasco avec leur
cosmonaute aux mains de l'ennemi. Les dirigeants furent totalement
désarçonnés. Certains éléments indiquent qu'ils envisageaient d'abord
de rendre public l'accident, mais plus tard ils décidèrent d'ignorer les
médias étrangers. Finalement, ils démentirent avec obstination en
invoquant diverses explications aussi incohérentes que contradictoires.
Mais il était trop tard. Dennis Ogden fut parmi les premiers a révélé
l'affaire, mais aujourd'hui encore, il refuse de donner le nom de son
informateur, haut placé et digne de confiance. Le Times de Londres publia les
mêmes informations, de même que les Hongrois, les Yougoslaves et les autres
correspondants qui étaient au courant. Ils s'appelaient pour se faire part
mutuellement de l'événement et essayer d'obtenir des confirmations. Le jour
même, un journaliste français, Edouard Brobovsky, révéla le nom d' Iliouchine
et un bulgare ainsi que plusieurs représentant de l'US Air Force révélèrent
qu'un essai avait eu lieu. Or, toutes ces sources étaient indépendantes. Cela
n'avait pas circulé par le bouche à oreille.
Au moment de
l'atterrissage d'urgence, des fuites révélèrent aux correspondants
étrangers à Moscou qu'un vol humain avait eu lieu ou était imminent.
Juste un jour après l'échec d' Iliouchine, une décision rapide fut prise
pour lancer sa doublure: Youri Gagarine.
http://www.russianspaceweb.com/vostok6_sa_2.jpg
Le vol de
Gagarine se termina presque en tragédie au moment de la désatellisation,
la cabine (ci-contre) ne pouvant se déconnecter du module de service. Après
plusieurs tentatives infructueuses, le module d'atterrissage se sépara
finalement, sans raisons apparentes. La manoeuvre de désorbitation se
produisit à peu près 10 minutes plus tard et Gagarine se posa en
parachute loin de la
zone prévue et de l'équipe de récupération. Il fut accueilli par des
insultes et des jets de pierres, les paysans l'ayant pris pour un espion
américain. L'affaire de l'U2 venait de se produire. Gagarine leur cria qu'il
était l'un des leurs et tout rentra dans l'ordre.
Quant aux suites du vol
d'
Iliouchine, les soviétiques continuèrent pendant des décennies à démentir
avec véhémence ce qu'ils appellent un tissu de mensonge. Les responsables de
la propagande furent chargés de discréditer et de dénigrer les reporters et
correspondants étrangers. Ce n'est qu'après la chute du communisme et le démantèlement
de l'URSS, que l'accès aux archives du Kremlin permettra de confirmer la
véracité de l'histoire.
Ce sont ses collègues
soviétiques qui en parlèrent devant lui, relate Gordon Feller. Ils en
parlaient à mots couverts, dit-il, ce qui lui mit la "puce à
l'oreille" et le convainquit qu'il y avait quelque chose qui ce ou c'était
passé et cela valait la peine de s'y intéresser. Mais ce n'est que 8 ans plus
tard qu'il eut accès aux documents. Dans une société qui s'articule autour du
secret, les archives doivent être protégées à tout prix, pas pour préserver
la mémoire, mais pour préserver la fiction. C'est pour cela, qu'aujourd'hui,
il est encore très difficile de mettre la main sur des documents d'archives. Ce
n'est que depuis la chute de l'empire soviétique et la déclassification d'un
certain nombre de documents probants, que la lumière a enfin pu se faire.
Gordon Feller a
bénéficié d'un coup du sort comme il en arrive parfois. Il réussit à
s'introduire dans une bibliothèque et il a eu l'opportunité de lire des choses
auxquelles il n'aurait pas eu accès autrement. Il y avait 3 types de documents:
-
ceux sur la préparation
du lancement
-
ceux sur la catastrophe
elle-même
-
ceux sur les discussions
qui suivirent.
En avril 1961, les
médias soviétiques furent de plus en plus véhéments, contradictoires et
incohérents dans leur obstination à donner leur point de vue. Selon une
première version officielle, le lieutenant colonel Ilyushin n'avait jamais
intégré le corps des cosmonautes et il serait en excellente santé. Plus tard,
les soviétiques reconnaissaient qu'il avait suivi la préparation, mais
précisaient qu'un mois avant le vol, il fut victime d'un accident de voiture,
ce qui l'empêcha de partir dans l'espace. Plus tard encore, ils prétendirent
qu' Iliouchine
n'avait pas fait partie du projet, à cause d'un accident survenu en
1959. Les médias soviétiques situent l'accident à un an après et affirment
qu'il est resté dans le coma jusqu'en 1961. A l'époque toutes ses
contradictions confortaient les journalistes occidentaux dans leur scepticisme.
Un des éléments les plus probants fut notamment une photo de Vladimir Iliouchine, datée de décembre 1960, recevant le titre de héros de l'Union
soviétique pour son record d'altitude à 28
857 m
à bord d'un T- 431, modifié en Su-9.
Il n'était visiblement pas dans le coma. A aucun moment le gouvernement ne fit
intervenir Iliouchine pour démentir ces informations, mais maintint cependant,
par l'intermédiaire des médias, qu'il n'était pas le premier homme dans
l'espace. Tout ceci fait dire à Ogden que le pire ennemi de l'URSS était
elle-même et qu'il était totalement stupide de vanter l'efficacité de sa
propagande.
http://www.astronautix.com/nails/i/ilybrezh.jpg
Pour expliquer la
présence de Vladimir Iliouchine à Hangchow
en Chine continentale pendant 35 jours, les
organes de presse officiels annoncèrent qu'il a été envoyé dans un centre
médicale de rééducation. Mais là encore, la énième version présenta de
multiples incohérences. Pour Thomas Maggard, il y a eu 2 communiqués pour
signaler sa présence dans un hôpital de Pékin et dans un autre à Hangchow.
Mais il était invraisemblable qu'un homme victime d'un accident de voiture en
URSS, fut soigné en Chine, d'autant qu'il était un le plus grand pilote
d'essais et le fils du plus grand constructeur d'avions soviétique et que les
deux nations était sur le pied de guerre. Des troupes étaient amassées le
long de la longue frontière commune. Les médecins soviétiques étaient-ils si
mauvais ? Pourtant les dirigeants reconnurent que les infrastructures médicales
étaient bien meilleures que les chinoises. Après des recherches, Dennis Ogden
ne trouva aucune trace d'un soviétique soigné en Chine.
Après le vol d' Iliouchine
les dirigeants soviétiques
sont dans l'impasse. Nikita Khrouchtchev
ne peut pas compter uniquement et efficacement sur la propagande pour escamoter
le fiasco. Son fils, le Dr Serguéï Khrouchtchev,
Senior Fellow à l'université de Brown raconte que lorsque son père est
arrivé au pouvoir, la société soviétique était ouverte. Mais avant cela,
tout était secret et beaucoup de choses le sont encore. Elles n'ont jamais
été expliquées. Les dirigeants se disaient qu'il était inutile de parler des
échecs, car ils ne servaient pas les intérêts du communisme. L'ancien
directeur de l'agence spatiale soviétique, Roald Sagdeyev
raconte que les échecs n'étaient connus que par un cercle très restreint. Il
y avait une sorte de transmission orale entre amis. Avec le recul, il ne peut
s'empêcher de penser qu'ils ont eu beaucoup de chances de ne pas rencontrer
plus de problèmes, car cette façon de dissimuler les erreurs nuisait
énormément au programme spatial, d'autant plus que la méfiance était de
rigueur. Gordon Feller d'ajouter qu'en économie, comme en politique, la
doctrine marxiste-léniniste se targuait d'être une analyse scientifique
objective des lois humaines et naturelles. Alors si la théorie est bien
appliquée, tout doit être totalement parfait dans la pratique. C'était donc
terriblement gênant, non seulement d'en parler à l'extérieur, mais aussi de
l'admettre dans les coulisses du pouvoir. Après cela, les dirigeants n'avaient
personne à présenter au public, alors même que Nikita
Khrouchtchev
avait fait du programme spatial le fer de lance de la propagande. Un tel échec
était intolérable.
Par une coïncidence, plus qu'étonnante, le samedi 8 avril 1961, au lendemain
de la mission malheureuse d' Iliouchine, Korolev organisa une réunion intense avec
divers membres de l'armée et du gouvernement pour leur présenter le prochain
premier homme dans l'espace, la doublure d' Iliouchine: le lieutenant Youri
Gagarine. Mais cette rencontre ne sera rendue publique qu'après le vol de
Gagarine, quant aux images, elles ne seront diffusées que plusieurs années
plus tard.
L'annonce se fit par
l'intermédiaire du chef d'Etat-major en des termes sibyllins: "Il est
très difficile de faire un choix parmi 6 cosmonautes parfaitement entraînés,
mais il faut le faire. Le Haut Commandement de l'Armée de l'air recommande donc
le lieutenant Youri Gagarine pour le premier vol dans l'espace. Guermamm Titov
sera sa doublure." Dès qu'il fut informé, Gagarine déclara: "
Permettez-moi d'assurer au gouvernement soviétique, au parti communiste et au
peuple tout entier, que c'est avec fierté que j'accomplirai avec fierté la
mission qui m'a été confiée et que je parviendrais à surmonter les
difficultés qui pourront se présenter, comme doit le faire un bon
communiste."
Avec le recul, il est
difficile de concevoir que le premier homme dans l'espace ait été choisi si
rapidement un samedi, avec seulement 3 ou 4 jours de préparation pour le vol le
plus mémorable de toute l'histoire de l'humanité. Comparé à
Iliouchine, héros
détenteur de multiples records, Gagarine fait pâle figure. Frais émoulu de
l'école d'aviation, il est encore considéré comme novice. Il n'a aucun
accomplissement notable à son actif, mais il est jeune, intelligent, séduisant
et membre dévoué du parti communiste.
5 jours après le vol
d' Iliouchine, l'URSS annonça le succès de la mission de Gagarine. Il faut
préciser que Nikita Khrouchtchev
présent lors du premier lancement, était en vacances au bord de la Mer Noire
au moment du vol de Gagarine. La nouvelle qu'on lui apprend au téléphone le
prend totalement par surprise. Il rentre immédiatement à Moscou pour y
organiser une formidable cérémonie en l'honneur du nouveau héros. D'après
certains historiens, c'est le stress dû à l'échec d' Iliouchine, qui aurait
poussé le premier secrétaire du parti communiste à partir se reposer au bord
de la Mer Noire. Korolev aurait alors prit les choses en main, décidant de
lancer Gagarine, sans se soucier des conséquences et sans même prendre la
peine de prévenir Nikita Khrouchtchev
de la possibilité d'un nouvel échec.
Il est clair que Gagarine était un instrument politique et le premier
secrétaire et son pays l'ont exploité au maximum. Au retour, il fut d'abord
accueilli à Moscou, puis il fit le tour du monde. Il était le porte-parole de
l'URSS. Il était décrit comme le soviétique moyen, intelligent et courageux.
C'était exactement l'image que les dirigeants voulaient donner du communisme.
Dans un dossier du Département d'Etat américain récemment déclassifié, une
note intéressante révèle qu'après le succès de Gagarine, tous les pays du
globe ont envoyé des lettres de félicitations à Nikita
Khrouchtchev,
tous sauf la Chine, qui a gardé un silence mystérieux. Pourquoi les dirigeants
chinois Mao tsé dong et Liu Shaoqi, se sont-ils abstenus d'envoyer une lettre
de félicitations à Gagarine. Pourtant toutes les missions soviétiques
suivantes furent applaudies par les chinois. Peut-être était-ce un moyen pour
montrer au monde qu'ils n'étaient pas dupes: Gagarine n'était pas le premier.
Pour
l'URSS, l'exploit de Gagarine fit oublier Iliouchine. Ceux qui connaissent la
vérité comme Dennis Ogden, son informateur, les ingénieurs et techniciens qui
ont participé au lancement, furent contraints de se faire les complices d'une
composition du silence motivé par le jeune capitaine Anatoly
Gruschenko de l'Armée de l'Air (1960 - 1972). Ce dernier déclara que son
supérieur l'appela pour lui ordonner, dans des termes très clairs, de
détruire tout ce qu'il avait sur Vladimir et de ne pas dire un mot sur cette
affaire. Au son de sa voix, il avait compris que sa famille et lui écoperaient
d'un aller simple pour la Sibérie avec une adresse définitive.
Quant à Dennis Ogden,
il raconte qu'il fut convoqué au ministère de la presse pour rencontrer un
certain Arlobov, ministre. Le comité central l'avait chargé de faire une
enquête sur son article. Il s'est penché par-dessus la table et lui dit qu'il
ne voulait savoir qu'une chose, le nom de son informateur. il lui répondit
qu'il ne pouvait pas pour une question d'éthique. Alors il perdit son calme et
insista, car cette personne avait fait beaucoup de tord à son pays. Il ne fut
pas expulsé, car il eut été mal vu à l'étranger d'expulser un journaliste
communiste.
Tout au long de cette
histoire de propagandes et de démentis, Vladimir Iliouchine
fut relégué dans
les supercheries, des inventions fabriquées par des reporters occidentaux et à
l'imagination débordante. Ogden lui-même fut étiqueté comme menteur
éhonté. Cependant les soviétiques ont fait l'impossible pour découvrir qui
le renseignait. A l'époque, le KGB le fit suivre en permanence afin de capturer
son informateur. Les 2 hommes finissent par craindre pour leur vie. Il raconte
qu'un jour lors d'une réception, il sentit que celui qui le filait était
derrière lui. En passant la porte, il vit son informateur devant lui. Ce
dernier comprit aussitôt et fit semblant de ne pas le voir.
La Chine et l'URSS partageaient
la même hostilité envers l'occident, aucun communiqué de presse ne fut émis
concernant le séjour de Vladimir Iliouchine
en Chine ou les conditions de sa
libération. Le marché conclut entre les deux puissances pour négocier son
retour, reste mystérieux. On parle d'accord économique. Il fut sans doute
échangé contre des espions, de l'assistance technique et de l'argent.
Il rentra
tranquillement chez lui environ un an après sa mission. Il recommença à
travailler chez Sukkoï dans la plus grande discrétion. Thomas Maggard explique
que Vladimir Iliouchine représentait une situation problématique pour
Nikita
Khrouchtchev, tout d'abord parce qu'il était un célèbre pilote d'essais et
ensuite parce qu'il appartenait à une grande famille, ceux que l'on
considérait alors comme l'élite soviétique. Il semble qu'il fut décidé d'un
commun accord que Vladimir garderait le silence.
L'ingénieur de génie Korolev fut lui-même victime de l'hystérie et du
secret qui entoura le programme spatial. Tout comme Iliouchine, il fut privé
de la reconnaissance qui lui revenait de droit. Korolev était le concepteur
en chef de la fusée qui lança Gagarine. Le comité Nobel voulait attribuer
à cet homme un prix pour ce qu'il avait accompli. Nikita
Khrouchtchev s'y opposa. Il restera l'homme sans nom jusqu'en 1966, après
sa mort. Pour Gordon Feller, il est difficile d'imaginer lorsqu'il mourut,
qu'il fut spolié de 2 prix Nobel. Parce qu'il vivait dans une société
dominée par la paranoïa et la dissimulation, sa contribution unique à la
conquête de l'espace n'a pu être connue du monde qu'à titre posthume.
Avec le recul, quand on contemple ces destins et ces personnalités:
Khrouchtchev, Korolev, Gagarine et
Iliouchine, on ne peut s'empêcher de remarquer
qu'il y a une dimension très shakespearienne dans l'existence menée par
chacun des cosmonautes après les événements. Bien sûr, si Gagarine
n'était pas le premier homme dans l'espace, il le savait probablement.
C'est peut-être cela qui l'a fait sombrer dans l'alcoolisme, au point de ne
plus pouvoir se maîtriser en public. Il semble qu'il était devenu
incontrôlable pour le parti communiste parce qu'il disait des choses très gênantes,
voire carrément dangereuses.
Certains
racontent même qu'il a lancé un jour, un verre de champagne au visage de
Brejnev, alors secrétaire général du parti, lors d'une réception
officiel. Peu de temps après, en mars 1968, il s'écrase aux commandes d'un
Mig dans des circonstances suspectes. Par un ultime coup du sort, c'est
Vladimir Iliouchine qui dirige la commission d'enquête sur l'accident. Les comptes-rendus
sont vagues et laissent de nombreuses questions en suspend. Iliouchine
lui-même signale que le corps de Gagarine n'a jamais été retrouvé. Dans
l'épave, un doigt de l'ancien héros fut récupéré et beaucoup d'experts
se demandent s'il n'a pas été assassiné par le KGB, sur ordre de Brejnev.
Quant au véritable conquérant de l'espace, il continue à vivre avec le
souvenir de la vie qui lui fut volée, même s'il sait, au fond de lui, qu'il
a permis à l'homme de franchir une étape importante dans la conquête de
l'espace.
La conclusion sera
apportée par le capitaine
Anatoly
Gruschenko de l'Armée de l'Air (1960 - 1972) qui a immigré aux USA il y a
plusieurs années. Il se réjouit de la disparition du système communiste
en Russie et surtout qu'il n'a plus à se taire pour protéger la
réputation de l' Union soviétique et de ses dirigeants. Il déclara que si
le KGB venait le chercher, il leur cracherait au visage pour ce qu'ils ont
fait à Vladimir qui devrait être vénéré comme le véritable héros
qu'il est. Né le 31 mars 1927, après avoir eu une vie bien remplie, il vit
à Moscou.
Que penser de ce documentaire ?
Aucune
confirmation visuelle n' y est visible. Il n'y a aucune photo ou film
montrant Ilyushin à l'entraînement ou au cours de sa mission. Bien que
Elliott H. Haimoff
décrive la mission d' Iliouchine, les images montrent seulement ce
qu'il est en train de raconter. Elles sont trompeuses, rien concernant
l'événement n'est visible. C'est tout juste un film d'archives montrant
des cosmonautes à l'entraînement. Parfois des intervenants importants font
part de leur vécu (Dr. Roald
Sagdeyev, Dr. Sergei Khrouchtchev
en regard de l'aspect général du système
soviétique et de son programme spatial, mais rien sur le vol d' Iliouchine.
Les seules évidences qui attesteraient du vol sont:
-
Interview de Dennis
Ogden, le reporter qui rompit le silence en 1960.
-
Interview du Captaine Anatoly
Gruschenko, qui réside aux USA et qui prétend avoir filmé le
décollage.
-
Interview du Dr.
Tom Maggard. Il n'était pas présent, mais a obtenu des informations
d'un informateur de haut rang.
-
Interview de Gordon Feller, qui
déclara avoir consulté les archives du Kremlin concernant le vol.
"Les déclarations extraordinaires exigent
une preuve extraordinaire." - ici nous sommes confrontés à une
déclaration, pouvant changer le cours de l'histoire, basée sur les propos de deux hommes.
A l'opposé, il y a pléthore de récits de première main
révélés en Russie, après la chute de l' Union soviétique par ceux qui
étaient intimement liés aux événements de cette période. Les journaux intimes et les mémoires des
directeurs de programmes ou autres, des cosmonautes et des ingénieurs soviétiques au centre du programme de l'espace ont
été édités. Des documents personnels et officiels, les journaux intimes et les
notes contemporaines de cette période furent vendus aux enchères et achetés par des musées et des instituts
occidentaux. Les plus grands secrets de l'Union soviétique - l'échec du programme
lunaire, le désastre de Nedelin, les terrifiantes ogives
bactériologiques et nucléaires développées pour leurs missiles - sont
dévoilés à l'étranger. Il est certain que la vérité sur Iliouchine
devrait être incluse parmi de telles révélations. Mais il n'y a pas eu le
moindre indice de source russe. Au cours des deux années qui suivirent
la révélation du documentaire d'Haimoff,
personne n'est venue pour le justifier. Un ami d'Ilyushin a déclaré qu'il
n'avait jamais entendu parler de telles sornettes.
En réponse aux doutes au sujet du documentaire,
Haimoff
a
fourni la réponse suivante:
"Je suis absolument
dégoûté par tous ces sceptiques et les clones du genre James Oberg (l'auteur
de Uncovering Soviet
Disasters)
qui ont été dupés pendant ces 40 dernières années; ils sont justes
l'expression de leur aigreur, n'étant pas capables de révéler cette
histoire les premiers. Pas un, évidemment, ne peut même prétendre être
aussi impliqué que nous dans l'ensemble de cette affaire. Tout ceux qui
affirment que ceci est un mythe ou une escroquerie, sont en réalité des
escrocs eux-mêmes, pouvant seulement être considéré comme des
marionnettes de la propagande russe.....Nous voulons laisser l'Histoire
décider de la valeur de la propagande soviétique soutenue au cours des 40
dernières années en tant que modèle de pensée, en sachant la vérité de
cette affaire et ne voulant pas passer pour idiot ignorant."
A cela , un
détracteur rétorqua: "Je ne voudrais pas
décrire Haimoff en
termes acerbes. Mais considérer
la quantité de documents qui existent, cela contredit l'affirmation que le vol
d' Iliouchine
s'est
produit. Nous avons les journaux intimes, jour après jour, de Kamanin, chef des cosmonautes au
moment du lancement de Gagarine. Nous avons les mémoires
des chefs du projet Vostok, Chertok, Feoktistov,
Mishin et beaucoup d'autres qui décrivent avec une pléthore de détails
leurs propres activités en relation avec le lancement. Nous savons qui est arrivé au centre
spatial pour le lancement et à quel moment, quelles procédures officielles
étaient en cours lors du choix des équipages, la préparation du véhicule de lancement,
etc... Plus important, nous savons les relier aux procédures et préparations
des lancements postérieurs. Il n'y a rien qui indique la véracité du vol.
Il y a des centaines de photographies réalisées sur des cosmonautes
à l'entraînement, de la préparation au retour de vol. Même à l'époque
soviétique, les censeurs faisaient des erreurs et laissées voir des
photographies montrant des cosmonautes ou des sondes inconnus. Ceux-ci ont fourni
des documents pour les observateurs soviétiques de
l'espace au moment où le secret entourait le programme. Mais malgré ces
centaines de photos réalisées avant et depuis la chute de l'Union
soviétique, il n'y en a aucune montrant Iliouchine
à l'entraînement, encore moins
de son lancement. Contre cette masse incroyable de documents, les
défenseurs de la théorie d' Iliouchine
n'ont apporté aucun document, aucun
témoignage de première main, sauf les déclarations de Mr Gruschenko, mais
aucune photo de document.
Nous sommes disposés à garder un esprit ouvert.
Naturellement, si des preuves sont fournies, l'Histoire en serait
bouleversée. Mais dans un monde où l'ancien chef du programme
soviétique des armes bactériologiques a admis que les missiles ICBM furent
équipés d'ogives contenant de l'anthrax et le bacille de la peste, où
l'ancien chef du programme lunaire a admis les milliards de roubles
gaspillés pour battre les américains, où la mort de centaines de
techniciens, ingénieurs, cosmonautes, officiers dans des accidents au sol
fut admis, comment l'histoire d' Iliouchine
pourrait-elle être gardée
secrète ? "
Voilà, en conclusion,
c'est à vous de la tirer: Gagarine, premier ou deuxième ? Le KGB a-t-il
était suffisamment prévoyant pour faire disparaître toutes les preuves
? L'avenir nous
le dira.
Paul Tsarinsky a écrit sur
le site My Hero.
"... J'étais stagiaire d'
Elliott H. Haimoff....un reporter
professionnel qui a produit beaucoup de film pour PBS et autres médias.
Durant mon stage j'ai été mené à traduire des documents russes en
anglais. C'est ainsi que je pris connaissance de l'affaire Iliouchine.
J'assure que toute cette histoire est réelle. Il n'y a pas si longtemps il
(Haimoff) est allé en Russie pour interviewer Iliouchine. De retour de
là-bas, il fit son documentaire et le montra. Il me raconta que la plupart
de ses articles sont issues des archives du Kremlin, lesquelles furent
accessibles aux occidentaux au cours des années 90.
Pour plus d'infos, je vous conseille de
visiter les sites ci-dessous et l'équipe
du site: "My Hero" encourage les visiteurs à lire les informations
additionnelles et à donner leur avis et leurs commentaires de cette
histoire controversée.
Robert G Kennedy III dit tout
ce qu'il en pense: http://www.ultimax.com/
http://myhero.com/explorers/feedback.asp
http://www.areacom.it/arte_cultura/lostcosmo/ilyushin.htm
http://www.space-ship.com/astros/ilyushin.htm
http://www.users.wineasy.se/svengrahn/trackind/Torre/TorreB.html
http://www.friends-partners.ru/partners/mwade/spaceflt.htm
http://www.lostcosmonauts.com/
http://www.astronautix.com
http://www.adlermediatv.com/index.htm
http://www.fas.org/spp/guide/russia/piloted/oberg8810.htm
http://www.friends-partners.org/pipermail/fpspace/2001-July/002009.html
http://www.aulis.com/nasa8.htm
http://www.russianspaceweb.com/r16_disaster.html
Beaucoup d'informations
de cette époque, furent
interceptées, lors de conversations radio, par les frères Achille
et Giovanni Battista Judica-Cordiglia à Torre Bert en Italie et
révélées dans le journal Corriere della Serra.
Pravda.ru;
Apr. 4, 2001; News (English): "Gagarin Was Not The First
Cosmonaut"
Launchspace,
Oct./Nov. 1998, Cover Story: "A Tribute to our Fallen Heroes"
Uncovering Soviet Disasters: Exploring the Limits of Glasnost -
chapitre 10: "Dead Cosmonauts". Edition de 1988 de James Oberg,
ingénieur et historien:
Random House, New York
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